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samedi 7 février 2015

La vie d'André : février 1915

Le Chalet à Sens

Le contre espionnage Allemand est très actif en ce début d'année 1915.

 Sens "demeurait par l'importance de sa position géographique un point stratégique" (source : à chacun sa guerre -G.Daguin/SAS/CEREP)-
Le maire craint des bombardements. c'est pourquoi, le 10  février, il fait publier le communiqué suivant : ..." d'après les renseignements parvenus à l'autorité militaire, il serait possible que la ville serve de but à une expédition d'aéronefs ennemis...en conséquence, les habitants sont priés :  dès la nuit, d’éclairer le moins possible leurs maisons, de boucher les devantures des magasins, de clore les volets, de fermer les compteurs à gaz, de se réfugier dans les caves en cas d'alerte, afin d'éviter tout accident en cas de passage de zeppelins ..." (source : à chacun sa guerre-G. Daguin/SAS/CEREP

L'insouciance n'existe plus. La lecture des lettres reçues plonge André dans un probable futur proche : les atrocités de la guerre.

Correspondance reçue de son  Collègue du Cabinet d'Architecture

Écrite au crayon de papier, la lecture de cette lettre  est un peu difficile : la voici retranscrite ci-dessous :



La "fièvre" de l'espionnage est sur tous les fronts : les consignes sont partout :



Extrait de la lettre de Pierre en date du 17 février 1915

..."je ne pourrai envoyer la carte à Melle Hure que demain car on vend ces cartes au musée. Il n'y a pas qu'à Sens qu'on a prescrit de prendre des précautions contre les taubes et les zeppelins : ici aussi d'après ce que m'a dit la blanchisseuse, un journal en a parlé il y quelques temps. Avant de le savoir, j'avais été étonné en rentrant à 8 heures ces jours ci de voir les magasins à demi fermés et presque pas de lumière..."


A Sens "...L'afflux des blessés continuait. Les services de secours étaient débordés et les hôpitaux manquaient de place..." (Extrait : A chacun sa guerre !: G.Daguin/Cerep/SAS).

Mais comment pouvait il en être autrement ? Interdiction de reculer devant l'ennemi : c'est l'offensive à outrances...

Bientôt le quotidien pour André...

Il confie plus que jamais, ses "sombres pensées", sa mélancolie, à son amie l'Ecriture.


Extraits recto-verso de son carnet intime
C'est alors un perpétuel combat intérieur entre Devoir-Patrie et Romantisme-Fragilité.

Extrait du "journal" d'André





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Esquisse à l'encre réalisée par André
(non datée)


(Prochain article : début mars 2015)





jeudi 1 janvier 2015

La vie d'André : janvier 1915

Maisons de la rue Allix

"...Sens : janvier 1915 : Il était de coutume que le premier jour de l'année fut marqué par la présence des diverses sociétés musicales, qui, au son des tambours, des clairons et des trompettes, offraient, au seuil de leur maison, une aubade aux personnalités locales.Cette année la, le cœur n'y était pas...Un silence désespéré couvrait la ville. Chacun avait déjà un membre de sa famille sur le front de l'Est, et on commençait à douter de la brièveté des combats..."
(extrait de "A chacun sa Guerre : G. Daguin- sources SAS/CEREP)

35, rue Allix


Au 35 rue Allix, comme dans tous les foyers de la rue et de la ville,  l'atmosphère est morose, d'autant qu'André reçoit sa convocation du Conseil de Révision.




Chaque jour on attend avec impatience le courrier qui apporte des nouvelles de Pierre. 





 "Ammonite - Phynchonella ..." .Des fossiles : la passion de Pierre, peut être sa raison de vivre... : une passion qui ne le quitte jamais, même dans les pires moment de sa vie de poilu, mais Son Histoire est une Autre Histoire...


Lettres de Pierre, lecture de la presse ou courriers personnels : un seul sujet : la Guerre




Aussi, pour André le "décalage" entre la réalité et ses aspirations romantiques est- il éprouvant,


Extrait du Journal intime d'André du 12 janvier 1915

même si  on essaie encore de s'accorder quelques moments de douceur...

Carte de son Ami André Géhaut-janvier 1915


Les images de la sérénité vont pourtant s'estomper rapidement : les ballades sur les bords de l'Yonne, le dessin, l'insouciance, feront bientôt partie des souvenirs douloureux pour André.







Aquarelle de 1914


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(prochain article : début février 2015)

Les derniers moments de "liberté"





lundi 1 décembre 2014

La vie d'André : décembre 1914




Le départ de Pierre
Première lettre


Pierre est l’aîné de la famille : il est né en 1894, mais sa santé fragile a fait ajourner à un an son départ. Il est par conséquent de la classe 15 qui part en décembre.



Extraits des Archives en ligne de l'Yonne-répertoire alphabétique-


Il ne revêtira certainement pas le pantalon rouge et le képi des premiers soldats : la tenue "bleue horizon" est née.

"Fin décembre, arrivèrent les jeunes gens de la classe 15, appelés sous les drapeaux. C'est en chantant que ces recrues traversèrent la ville pour se rendre à la caserne"
(source : A chacun sa guerre-G. Daguin-SAS-Cerep)

Quelques jours auparavant les jeunes de cette classe 15 avaient reçu  ce courrier :








Comme André, Pierre est un adolescent fragile. Ci -dessous le portrait que fait de lui un ami d'André :

"... je le revois encore...avec sa physionomie si douce à laquelle une légère pâleur donnait une expression si sérieuse, avec ses yeux bleus, pleins de bonté et de franchise : comme il était calme à coté de notre exubérance qui nous empêchait de le comprendre ; c'est qu'il avait au cœur l'amour passionné de la science à laquelle il s'était donné tout entier..Toujours modeste, un peu renfermé, trop peut être, il était l'homme des études patientes et minutieuses comme celui des sacrifices obscurs..." (extrait d'une lettre d'André Gréhant envoyée à André).


Quelques jours avant Noël 1914, André et ses parents reçoivent la première correspondance militaire de Pierre, accompagnée d'une carte postale.









Pour Noël, Pierre recevra, certainement, comme tous les soldats la reproduction ci-dessous du dessin de M.Neumont



Noël aux armées
 Souscription des enfants de France à chacun 10 centimes


Désormais,  la guerre rythme le quotidien d'André,




à l'image de cette carte postale ou de cette copie qu'il a réalisée de l'estampe
d'E. Detaille de 1883 "En Vedette".









(Prochain article début janvier 2015)

-Le Conseil de Révision pour André-





dimanche 2 novembre 2014

La vie d'André : novembre 1914

Certainement profondément influencé par les écrits du poète Sylvio Pellico ("Discours à un jeune homme"),
                                                 








Extrait de l'ouvrage de Sylvio Pellico


"Des devoirs des hommes "


"Discours à un jeune homme"
                                
André recopie en première page de son carnet de poèmes, là où il peut laisser libre cours à l'expression de son "romantisme", le poème "Ode sur la mort de Sylvio".



Les premiers poèmes  qu'André compose sont datés d’août 1914 : la plupart sont remaniés plusieurs fois, avant la forme définitive.

Extrait du carnet de poèmes d'André


                                              
La poésie mais aussi  le dessin vont être ses compagnons d'évasion : avide de connaissances, il améliore sans cesse ses compétences.

Il va se construire une véritable bibliothèque de dessinateur : revues, périodiques, manuels, à l'image de " Cottages et constructions rurales" dont sont extraits ces croquis
.
Extrait de "Cottages et Cion Rurales"
Albin Michel Editeur
Extrait de "Cottages et Cion Rurales"
Albin Michel Editeur








.












Sa passion pour le dessin ne s’arrête pas au domaine de la construction. Il aime aussi le dessin d'art, l’aquarelle, le pastel.

Pour perfectionner son trait de crayon, il consulte de nombreuses parutions, telle "Le Modèle" dans lequel il va trouver des précieux conseils qui compléteront ses connaissances artistiques et qu'il appliquera méthodiquement pour que son art devienne presque "parfait".






















Dessin, lecture, poésie...mais quotidiennement la sinistre "réalité" des événements, même si la ville retrouve un calme précaire : "...le département de l'Yonne, et Sens en particulier, cessaient d'être dans la zone des armées... l'ennemi était suffisamment éloigné pour ne plus avoir à craindre des opérations militaires..." (source : à chacun sa guerre-G. Daguin-SAS/CEREP)

Correspondance adressée à Paul Jumeau, son père

..."Vous avez eu à Sens la chance d'être préservée de l'invasion. Vous ne saurez jamais votre chance car la situation a été épouvantable partout où ils sont passés..." (extrait retranscrit de cette correspondance)

Bien que la censure sur la presse soit maintenue, les horreurs de la guerre s'affichent aux yeux des sénonnais.

La bataille de la Marne a permis de sauver Paris. A quel prix..."...le nombre de blessés qui passent à Sens, en provenance des combats de la Marne dépasse les 40000 ! Les plus sérieusement touchés étaient hospitalisés. Ceux qui mouraient étaient enterrés avec les honneurs et leurs tombes fleuries régulièrement par des habitants unis, touchés par le sacrifice de ces inconnus. Une reconnaissance qui s'étendait à tout le canton..." (source : à chacun sa guerre:G.Daguin-SAS-CEREP)

Source : l'Illustration du 5 septembre 1914
Le terrible dessin de Lucien Jonas ne peut  "qu'exalter la patriotique fureur de nos combattants et les exciter à redoubler d'efforts pour libérer notre sol et pour le garder désormais inviolable" (l'Illustration du 31 octobre 1914)

L'intrus - dessin de Lucien Jonas

On est à l'entrée de l'hiver : on soigne les blessés, on enterre les morts, et on pense aux" vivants" , à tous ceux qui se battent : comme à l'image nationale, un élan de solidarité monopolise les femmes, les jeunes filles, les religieuses qui vont tricoter "...tricots, gilets de laine, chandails, chaussettes, cache-nez, gants de laine,furent remis au dépôt des régiments à la caserne Gémeau pour être distribués..." (source : à chacun sa guerre : G.Daguin/SAS/CEREP)

Le tricot du Combattant
Source : l'Illustration du 24 octobre 1914

Dans cette spirale infernale, pour André et sa famille, la fin de l'année 1914 voit aussi le départ proche de Pierre, l'aîné, comme tous les jeunes de la classe 15. 



(prochain article : début décembre 2014)
-Première correspondance de Pierre-